Visite de l’ouvrage du Janus et découverte de la ligne Maginot sur la commune de Montgenèvre.

cloche du Janus en observation sur Montgenèvre

Situé dans les Hautes Alpes, l’ouvrage du Janus domine la ville de Montgenèvre et le passage frontière avec l’Italie, de plus il fait face aux Fortifications du Chaberton. Ouvrage majeur de la ligne Maginot dans la région, il est construit sous le sommet de Château Jouan qui domine Briançon, la vallée de Névache, mais aussi les accès par la vallée de Cervières. Cet ouvrage d’artillerie fut creusé à 2450 mètres d’altitude et il est le deuxième plus haut en France. C’est aussi la plus importante construction de la ligne Maginot en montagne et avec 900 mètres de long, cet ouvrage est unique en France.  Il avait pour fonction de défendre les attaques venant de l’Italie, et non d’attaquer !

Ce gros ouvrage d’artillerie enterré fut construit afin de compléter les fortifications existantes, lors de la mise en place des défenses de la ligne Maginot dans les années 1930. Il fut creusé sous l’ancien fort Séré de Rivières datant du XIXe siècle et il intègre les anciennes batteries souterraines, ce qui est unique dans ce type de construction. Afin de compléter la défense, 5 ouvrages enterrés furent creusés dont ceux du Gondrans en contrebas et l’ouvrage des Aîttes dans la vallée de la Cerveyrette. Pour les plus lourdes pièces d’artilleries, il était impossible de les installer dans les ouvrages d’altitude, c’est pourquoi elles restaient dans les vallées comme au Poët-Morand ou aux Aîttes.

Il resta propriété de l’Armée, jusqu’à sa vente à la commune de Montgenèvre en 2007, ce qui lui a permis d’être entretenu toute la période de la Guerre Froide et cela jusqu’en 1986. De plus, il a conservé la majeure partie de ses équipements grâce à la préséquence militaire au Gondrans, qui l’a protégé des pillages et c’est ce qui nous permet aujourd’hui, d’imaginer la vie de l’équipage d’un fort d’altitude à cette époque.

Il est labélisé Patrimoine du XXe siècle, et il est classé aux monuments historiques.

J’ai eu la chance de pouvoir participer à la première ouverture au public lors des journées du patrimoine du 18 et 19 septembre 2021, et de suivre la première visite guidée de cet ouvrage souterrain, organisée par la commune de Montgenèvre. Cette visite fut complétée par la découverte du Barrage rapide qui permettait de fermer la route du Montgenèvre.

visite du Janus

EN RANDO : Afin de découvrir le Janus, il faut partir pour une randonnée d’environ 2 heures de montée, sans les pauses, au départ de Montgenèvre (1860 mètres d’altitude) et environ 600 mètres de dénivelé pour 12km en aller/retour.

Depuis le parking de Durancia, j’emprunte le sentier qui longe la Durance en direction du Fort du Janus afin de rejoindre les sources de La Durance et les pistes de ski. Ensuite, je monte vers l’arrête sommitale sous le téléski du Querelay, à droite du télésiège des Gondrans et du sommet des Anges. Pendant la saison d’été, il est possible de raccourcir le trajet en prenant le télésiège pour le Sommet des Anges. Le brouillard du matin se lève et me laisse entrevoir les sommets du Chenaillet et du Chaberton.

Arrivée sur l’arrête, je retrouve l’ancienne piste militaire permettant de se rendre au fort du Janus depuis les Gondrans et le Poët-Morand sur l’autre versant. Je découvre tous les ouvrages composant le fort du Gondrans, et plus loin, je devine le Fort de l’Infernet que j’ai déjà visité.

 Je continue la montée sur cette belle piste qui traverse des ruiniformes avant d’atteindre les pierriers qui mènent aux fortifications du Janus.

VISITE de l’Ouvrage du Janus, de la ligne Maginot : Cette première visite guidée est proposée et accompagnée par l’association « Fort du Janus » que préside Georges Michel et ce sont ces mêmes bénévoles qui ont participé au nettoyage du fort. Les guides de cette première visite sont en uniforme de l’époque, ce qui renforcera la sensation de voyage dans le temps !

L’ouvrage du Janus est un gros ouvrage d’artillerie qui fut construit entre 1931 et 1937. Il doit offrir tout le confort pour une vie en autonomie pour son équipage, avec des casernements, des latrines, un poste de secours avec infirmerie, des stocks de munition, d’eau, de gazole, de nourriture et sans oublier un poste de téléphonie. Il était alimenté en électricité depuis Briançon, mais un générateur électrique, diesel, pouvait prendre le relais si besoin. L’ensemble des galeries sont équipées d’un système de ventilation, de chauffage mais aussi d’un système de surpression pour les chambres de tirs afin d’évacuer les gaz nocifs, lors des tirs.

Il fut occupé par son équipage dès le mois aout 1939, mais les hommes furent évacués, pour la saison d’hiver qui suivit, sur les forts du Gondrans et du Randouillet qui sont plus confortables et plus bas. Puis en juin 40, il participa à la destruction des tourelles du Chaberton en permettant d’ajuster la direction des tirs de l’artillerie lourde, installée au Poët-Morand… il sera aussi soumis aux tirs du 149mmn du Chaberton, qui ont laissé des traces, que ce soit un impact sur une des cloches du blocs 4 ou avec la destruction en partie du fort du XIXe siècle ainsi qu’une partie de l’enceinte et le grand portail d’entrée.

La galerie centrale, longue de 345 mètres, dessert 8 blocs et pouvait accueillir plus de 200 hommes et environs 12 officiers. La visite nous a permis de découvrir les 4 premier blocs, ainsi que le casernement.

Bloc 1 : C’est l’entrée avec un accès pour les hommes d’un côté et de l’autre pour le matériel et les munitions, avec un pont levis sur un fossé et trois créneaux pour une protection en tirs croisés, d’un lance grenade vers le fossé et d’un espace couchage. Le tout est surmonté d’une cloche d’observation équipée d’un fusil mitrailleur.

Bloc 2 : est une casemate avec des ouvertures vers le Nord et sur la route de Montgenèvre. Il est équipé de 2 mortiers de 81 mm qui sont toujours en place, d’espaces de stockage pour les munitions, d’un système de ventilation sous pression.

Bloc 3 : est une casemate d’artillerie orientée vers la Clarée, avec deux mortiers de 75mm, toujours en place, d’espaces de stockage pour les munitions, d’un système de ventilation sous pression et d’une issue de secours.

Le bloc 4 : est face au Chaberton et domine la ville de Montgenèvre, avec ses 2 cloches d’observation remarquables et qui servirent à ajuster les tirs pour la destruction des tourelles du Chaberton.

Bloc 5 :  est un simple observatoire.

Bloc 6, est une casemate d’infanterie.

Bloc 7 : est à flanc de falaise pour compléter le flanquement sur la route de Montgenèvre.

Bloc 8 : est Le dernier bloc et il reprend les anciennes galeries du Fort du Janus datant de la fin du XIXe siècle, il est orienté vers les Gondrans, était équipé de 4 canons de 95mm et de l’ancienne citerne d’eau qui était toujours utilisée.

Nous poursuivons la visite avec la partie casernement, composé des chambres de troupes (1 lit pour 4 car les services étaient repartis en quatre quart qui se relèvent à tour de rôle), de latrines (1 pour 40 personnes), la cuisine avec sa réserve de charbon et enfin le service de santé.

Pour ces installations en altitude les hommes, qui composaient ces équipages, étaient enrôlés dans la région, car ils mettaient plus de cœur à défendre leurs villages plutôt que de penser à déserter. De plus ils trouvaient plus de confort dans ces cuirassiers de montagne que dans leur propre maison car ils n’avaient pas toujours accès à l’eau courante ou à l’électricité.

Voilà, cette première visite d’un fort enterré de la ligne Maginot est exceptionnelle, car le temps y est resté comme suspendu et chaque objet ou installation à son utilité. Nos guides nous ont transmis leur passion pour l’histoire et pour ces installations presque inhumaines d’un autre temps lorsque nos proches voisins étaient nos ennemis !

Apres 1h30 de descente, je poursuis cette journée dans le temps de la grande Histoire, avec la visite du Barrage rapide et des blockhaus du bois de Sestrières. Cette visite est aussi une nouveauté sur la commune de Montgenèvre et c’est Nicolas Izquierdo, accompagnateur en montagne et spécialisé dans les visites des fortifications qui nous accompagne.

Il nous propose 2h de balade à la découverte d’un ensemble de blockhaus et de pilules fortifiées de part et d’autre de la vallée et qui avaient pour but d’empêcher l’ennemi à pénétrer en France et d’atteindre La Vachette puis Briançon.

Nous débutons par la forêt de Sestrières, où l’on découvre des pilules, petits abris en béton armé qui permettaient d’installer des canons anti-char en direction de la route principale ou des pistes secondaires. De nombreuses petites tranchées sont toujours marquées dans cette partie de la forêt et plus bas nous découvrons 2 blockhaus plus grands afin que les troupes puissent bénéficier d’un peu plus de confort de vie. Nous visitons celui qui n’a jamais été terminé, avec sa voute de béton armé et il n’a jamais été recouvert de terre non plus !

En remontant sur l’autre versant, nous découvrons l’intérieur d’un blockhaus qui est en bord de route, c’est le barrage rapide. Ce blockhaus, pouvait bloquer la route venant du col de Montgenèvre, en quelques minutes seulement, avec un système de barrière métallique anti-char, dont le mécanisme est encore en place. Ce blockhaus est également équipé de deux ouvertures à canon anti-char, d’un lance grenade, d’un coin couchage et d’un petit local pour entreposer les munitions.

Voilà, cette dernière visite complète la visite du Janus, nous présentant un ensemble fortifié qui devaient bloquer les entrées ennemies, mais qui n’était pas étudié pour attaquer nos proches voisins !

Je remercie encore tous les bénévoles qui ont nettoyé ces lieux pour les ouvrir aux visites, aux guides du jour et à la mairie de Montgenèvre qui nous a ouvert ces lieux et nous a permis de faire un voyage dans le temps.

Venez passer quelques jours dans le département des Hautes-Alpes pour découvrir la région en randonnées que ce soit pour Le fort du Chaberton ou le fort de la Croix de Bretagne et le blockhaus de la grande Maye, les fort de l’Olive ou de Lenlon, le fort de l’Infernet, l’ouvrage de la Lausette, mais aussi afin de visiter la ville de Briançon ou la forteresse de Mont Dauphin ou découvrir la ville de Embrun.

Merci pour la lecture de mon blog ! Texte et photos ©COQ Catherine

3 commentaires sur “Visite de l’ouvrage du Janus et découverte de la ligne Maginot sur la commune de Montgenèvre.

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